Postface
Voilà. Vous venez de lire 54 pages d’une Bd publiée deux fois par semaine pendant environ 25 semaines.
Au cours de ce temps de publication des aventures d’Adrien Nil et de Nelsia, je suis (en tant qu’auteur de ce blog ) resté relativement silencieux : c’est un principe que j’ai décidé de suivre depuis le départ, en considérant que ce qu’on raconte est généralement plus intéressant que ce qu’on explique.
A l’issue de cette petite aventure que constitue la réalisation et la publication sur la toile d’une histoire complète, je m’offre le luxe d’être pour une fois très bavard… Comme c’est exceptionnel, je suis sûr que vous me le pardonnerez.
Les paragraphes qui vont suivre sont donc là avant tout pour me permettre d’expliquer certains aspects de ce que j’ai souhaité faire, et les difficultés que j’ai rencontrées. Ils sont notamment destinés aux lecteurs silencieux qui se sont présentés ici le mercredi et le samedi. Parce qu’après tout, c’est sympathique de suivre un feuilleton sur le net, mais ça peut être amusant d’en savoir un peu plus sur ce qui passe par la tête de celui le fait.
Et aussi parce qu’il me semble qu’après 54 pages à essayer de faire en sorte que le lecteur ne soit pas trop déçu, j’ai bien le droit (pour une fois ?) d’être un peu ennuyeux.
Reprenons au commencement.
Lorsqu’on souhaite publier un album de BD, l’usage est bien établi. On écrit un scénario, un synopsis, éventuellement un storyboard (une espèce de découpage sous forme de croquis), on exécute magnifiquement deux ou trois planches, on fait quelques croquis alléchants des personnages principaux (sexy si possible)…et on envoie le projet ainsi constitué à un éditeur pour connaître son opinion. Dans la majorité des cas, il refuse. ( Il paraît, je n’ai jamais essayé) Et l’on essaie alors de trouver un autre projet, plus convaincant.
Quoi de plus triste ?
Considérant finalement (sans doute à tort) qu’il vaut mieux une chose imparfaite qui existe, qu’une chose parfaite qui n’existe pas (vaste question !), j’ai pris l’option de mener les aventures d’Adrien Nil sans aucun souci de publication, mais surtout pour connaître le premier ces aventures : dans le fond, je ne dessine pas tant pour plaire aux lecteurs que pour être le premier à m’amuser à lire ces histoires.
Mais de quoi parler ?
Tant qu’à m’amuser, j’ai préféré me pencher sur des questions dont on n’aura jamais la réponse, plutôt que sur les aléas de ma vie quotidienne, assez peu riche en surprises (pour moi en tout cas !)
Alors, de quoi parler ?
Heu…eh bien si possible de choses qu’on ne trouve pas déjà ailleurs, mieux écrites, mieux documentées, mieux décrites.
Il n’y en a pas beaucoup.
Le choix de confronter mes héros à des énigmes plusieurs fois millénaires me permet d’échafauder des hypothèses qu’aucun savant ne pourra contester tant qu’il n’aura pas prouvé le contraire. Et ça fait déjà bien plaisir : c’est pourquoi les deux premières aventures de Nil et Nelsia ont pris corps au Paléolithique supérieur ( la rencontre avec l’homme de Neandertal) et au Néolithique (les civilisations mégalithiques, dont on ne sait pratiquement rien).
J’ai la chance d’habiter dans une région très riche en vestiges de cette période ( le département du Morbihan). J’ai donc pu visiter à nouveau en famille certains sites et lieux remarquables que je vous conseille : les alignement de Carnac, évidemment, mais également Locmariaquer, Erdeven, l’Ile de Gavrinis, Le Petit Mont à Arzon, et les Musées de la Préhistoire de Carnac et de Vannes.
Mais les lieux mégalithiques peu connus sont innombrables dans le Morbihan et leur recherche peut faire l’objet de nombreuses ballades. (Beaucoup hélas sont difficilement accessibles et très peu sont entretenus ou protégés).
La visite de ces sites et la lecture de ces ouvrages m’a permis d’imaginer une histoire absurde…mais qui ne comporte pas (du moins je l’espère) d’incohérence, d’anachronisme ou d’impossibilités matérielles. Si quelqu’un en repère, je considérerai comme un service de sa part de me les signaler…à condition qu’il ne s’agisse pas seulement d’une « supposition » comme en regorgent les ouvrages un peu anciens sur cette période ( la théorie des cités lacustres qu’on nous décrivait à l’école et dont l’existence est aujourd’hui très remise en cause en est un bon exemple) .
On notera par exemple qu’il n’existe ( à l’exception peut-être du diadème qui orne le front de la déesse mère) aucune trace de métal dans cette histoire, ni d’ouvrage ayant pu n’être bâti que grâce à un outil métallique – ce qui explique les armures singulières des guerrières.
Aucun animal totémique improbable n’y figure non plus. Les couleurs des vêtements ont été choisies en fonction des pigments disponibles au néolithique ( le bleu était inconnu, par exemple) etc …etc… Je passe sur plein de détails, que je me suis amusé à rendre imperceptibles.
Menhirs
Quant au fond de l’histoire, la théorie, ridicule au premier abord, d’une fonction utilitaire des menhirs n’est pas plus grotesque qu’une autre tant qu’aucune vérité scientifique n’aura été établie pour prouver leur fonction.
Néanmoins, j’ai toujours été surpris par leur forme systématiquement ogivale qui n’est jamais due aux hasard : mes expériences (sous forme de maquettes) de tressages de branches de saules, (selon le principe du panier) enserrés autour du sommet de cette forme, possèdent une résistance au poids surprenante : je ne suis jamais parvenu à défaire l’un des tressages imbriqués autour de cette forme par la suite ( l’ensemble doit encore traîner au fond du jardin) et il n’existe à ma connaissance en Bretagne aucun menhir intact ne possédant pas cette forme conique (même de manière à peine perceptible).
Gravures rupestres néolithiques. Vous
y voyez quoi, vous, à présent ?
Carnac
Exemple de menhir manifestement taillé
à une époque plus récente à des fins de récupération de matériau.
Le motif des alignements de Carnac reste quant à lui un mystère absolu : et contrairement à ce qu’affirment certains ouvrages récents, le fait d’avoir prouvé que leur orientation est en relation certaine avec les solstices ne nous renseigne absolument pas sur leur fonction : Ce serait comme si nous considérions que puisque toute les cathédrales sont orientées vers Jérusalem (et c’est le cas) , alors, leur fonction était d’indiquer la direction de Jérusalem. Un peu court , non ?
Mon idée absurde de fondations d’un temple gigantesque est évidemment excessive, mais elle veut mettre l’accent sur une idée : jamais à ma connaissance ces alignements n’ont été observés comme la trace d’une intention inachevée ; on a toujours voulu les considérer comme un tout dont il fallait trouver la signification. Comment observerions-nous les dix premiers rangs de pierres de la pyramide de Cheops si la construction s’était arrêtée là ? Carnac n’est peut être effectivement…qu’un chantier. Mais de quoi ?
Déesse-mère
Vénus néolithiques du bassin méditerranéen
Chat
L’introduction du chat comme animal domestique a vraisemblablement eu lieu non pas en Bretagne, mais au Moyen-Orient.
Il n’empêche que l’on ne considère sans doute pas aujourd’hui l’importance de cet apport dans une société fondée sur la découverte récente de la culture des céréales, et la prolifération des rongeurs qui pouvait en résulter. Le fait que les Egyptiens aient déifié ce petit animal, et paraît-il, puni de mort quiconque se rendrait coupable de la mort d’un chat prouve peut-être mieux que nous pouvons l’imaginer le caractère essentiel que pouvait alors avoir cet animal pour la survie des populations.
De plus, quand on connait le caractère de vecteurs de maladies (la peste entre autres) des parasites des rongeurs, on peut supposer quelle pouvait être l’importance de la domestication d’un de leurs prédateurs. (On est d’ailleurs incapable aujourd’hui, d’estimer à l’examen de squelettes de cette époque l’importance des épidémies. )
Couples
En ce qui concerne les rapports hommes/femmes, il s’agit d’une élucubration personnelle fondée sur le fait qu’on applique volontiers à ces sociétés dont on ne sait rien, nos modèles sociaux, sans songer qu’il a bien dû exister une période précise où le modèle traditionnel du couple est né, puisque rien ne l’imposait de prime abord.
Pourquoi ne pas lier la naissance de ce mode de vie à l’époque où les rôles ont dû forcément se différencier, du fait d’une plus grande spécialisation des tâches induite par la sédentarisation ? ( J’ai tenté de ne pas considérer que, par définition, les hommes avaient décidé de tout… (Suis-je tombé dans l’excès inverse ? Ce n’est pas impossible, mais c’était juste pour flanquer à l’égo masculin une claque bien méritée, depuis le temps.)
Héros
L’un des personnages principaux de ce récit, sinon, c’est évidemment, le grand menhir de Locmariaquer, qui a existé tel que je l’ai dessiné, et que l’on peut toujours observer sur place, brisé en plusieurs morceaux.
D’un poids estimé à 300 tonnes et haut de 20 mètres, les conditions de son érection et de sa chute restent mystérieuses. Il continue à faire l’objet d’études archéologiques poussées.
Les plus récentes prouveraient qu’il était entouré de menhirs presque aussi hauts que lui, de tailles décroissantes, et que l’ensemble formait un monument visible à
des dizaines de kilomètres
Pierre
Le caractère énigmatique de cette pierre a été confirmé par les dernières études la concernant : le travail de cette pierre (faite dans une matière géologique très différentes des menhirs et dolmens voisins) remonte selon les scientifiques … à un temps beaucoup plus ancien que le monument qu’elle supporte, et elle correspond probablement à une civilisation bien plus éloignée de nous encore que ce monde néolithique qui l’a mise en valeur ainsi.
Alors ? D’où vient-elle ? Que signifie-t-elle ? Personne ne le sait.
Est-elle vraiment une porte qui permet de changer d’époque ?
Hé hé …….Si je le savais, je ne vous le dirais pas !
N’hésitez à me demander des compléments d’information si quelque chose vous a semblé douteux dans cette histoire …absolument authentique, évidemment !
Bien à vous

SUITE
[Evidemment, un grand merci aux amis du forum Gribouilleland qui se sont toujours manifestés ici de manière sympathique… ! Riff, Marg, Jojo, Santé, Defne, Floria, Manou, Keribus, Diev ,Samboyy, Moino, Daria, Babook, et les autres si j’en oublie …vraiment, merci à vous !]
Dernière minute : On trouve depuis peu une rubrique très peu modeste intitulée " Fanarts Adrien Nil" , consacrée aux hommages rendus à ces héros, en bas de la colonne de droite. Si le crayon vous démange... n'hésitez pas !
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